Par Rita Doka 2026-11-07

FevDoré : 30 millions pour soulager le geste le plus dur du cacao

FevDoré : la start-up qui modernise le décabossage
Mains tenant des fèves de cacao mises à sécher, dans un village de Côte d'Ivoire.

La Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial de cacao. Sa production avoisine les deux millions de tonnes, selon le Conseil du Café-Cacao. Pourtant, l'un des gestes les plus pénibles de la filière n'a presque pas changé : ouvrir les cabosses une à une pour en sortir les fèves.

 

C'est ce geste-là qu'une jeune start-up abidjanaise a décidé de transformer. Fin octobre 2026, FevDoré a remporté le Grand Prix de Y'ello Startup 2026, le programme d'accélération agritech de MTN Côte d'Ivoire : 30 millions de FCFA pour passer à l'échelle.

Le problème que tout le monde connaissait


Avant d'être séchées, fermentées puis vendues, les fèves doivent être extraites de la cabosse : c'est le décabossage. Les articles qui ont suivi la compétition le placent parmi les principales difficultés des producteurs, aux côtés d'un autre manque : l'absence de données fiables sur la production.

Deux problèmes, donc. Un problème de bras, et un problème de chiffres. La plupart des innovations n'en traitent qu'un. FevDoré a choisi de s'attaquer aux deux en même temps.

 

Une machine qui ouvre les cabosses, et qui compte

FevDoré est développée par IT Synergy, une entreprise fondée en 2023 à Abidjan et portée par Madou Dao. 

 

Sa solution tient en deux pièces :

  • une machine intelligente de décabossage, qui prend en charge le geste le plus dur ;
  • une application mobile connectée, qui suit la production en temps réel, estime les rendements et la valeur des récoltes, et améliore la traçabilité du cacao.

 

L'idée est simple : chaque cabosse ouverte devient une donnée. Le producteur gagne du temps, et la coopérative sait enfin ce qu'elle a réellement récolté. Dans une filière où la traçabilité devient une exigence des acheteurs, ce second bénéfice pèse autant que le premier.


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Huit semaines pour convaincre

Y'ello Startup 2026 a réuni dix start-up ivoiriennes de l'agritech. Pendant huit semaines, elles ont suivi formation, mentorat et coaching, avant une compétition finale. 

 

Trois équipes ont atteint la dernière marche :

  • FevDoré, portée par Madou Dao, pour la transformation et la traçabilité du cacao ;
  • JPF AerialOps, menée par Jean Fabrice Papoh, qui combine intelligence artificielle, drones et capteurs connectés ;
  • Agri-Watch, menée par Kimana Misago, qui surveille le bétail grâce à l'IA et facilite l'inclusion financière des éleveurs.

 

Au total, plus de 37 millions de FCFA étaient en jeu : le Grand Prix de 30 millions, et deux prix d'encouragement de 5 et 2 millions. La finale, organisée à Abidjan, a été diffusée le 31 octobre sur Life TV et RTI 2.

 

Ce que FevDoré va faire des 30 millions

L'objectif annoncé est clair : développer la solution et équiper une centaine de coopératives dans les principales régions cacaoyères. C'est un objectif, pas encore un résultat. 

 

Et c'est là que commence la partie la plus difficile pour toute start-up : passer du prototype qui convainc un jury à des machines qui tournent tous les jours, loin d'Abidjan, entre les mains de producteurs exigeants.

 

Ce que leur parcours nous apprend

1. Les meilleures idées partent d'un geste que tout le monde a cessé de regarder. Le décabossage n'a rien de nouveau. Ce qui est nouveau, c'est de l'avoir regardé comme un problème à résoudre, et non comme une fatalité.

 

2. Résoudre deux problèmes avec un seul outil multiplie la valeur. La machine soulage les bras ; l'application produit des chiffres. L'une sans l'autre aurait été une bonne idée. Ensemble, elles intéressent à la fois le producteur, la coopérative et l'acheteur.

 

3. Les programmes d'accélération sont une porte d'entrée. Formation, mentorat, visibilité à la télévision, financement : Y'ello Startup a offert tout cela en huit semaines. Surveiller ces appels à candidatures fait partie du travail d'un entrepreneur.

 

4. Le marché est à portée de main. Le recensement des producteurs réalisé de 2019 à 2021 par le Conseil du Café-Cacao en a dénombré environ un million, dans 13 régions. Ce chiffre regroupe les producteurs de café et ceux de cacao. 

 

En septembre, à l'ouverture des Journées nationales du cacao et du chocolat, le directeur général du Conseil du Café-Cacao, Koné Brahima Yves, appelait déjà à préparer la relève : « Les jeunes représentent l'avenir du cacao ivoirien. » FevDoré montre une manière d'y répondre : pas forcément en plantant, mais en outillant ceux qui plantent.

 

Et vous ?

Quel geste pénible de votre secteur attend encore sa solution ? C'est peut-être là que se cache votre projet.

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Il y a deux ans, elle pitchait. Cette année, elle présidait le jury