Par Rita Doka 2026-11-04

4 000 candidats pour 50 places : la terre devient un métier de la tech

Jeune femme prenant des notes dans un champ et drone au dessus.

 

Agriculture numérique : 4 000 candidats pour 50 places


Près de 4 000 jeunes ont postulé. Il n'y avait que 50 places. Le métier visé n'était ni développeur à Abidjan ni banquier au Plateau : c'était agriculteur. Plus exactement, agriculteur numérique.

 

Le samedi 31 octobre 2026, la Digital Farming School (DFS) a été inaugurée à Yamoussoukro. Sa première promotion fait sa rentrée le 9 novembre. Derrière ce chiffre, environ 80 candidats pour une place, il y a une tendance que beaucoup n'ont pas encore vue venir : pour une partie de la jeunesse, la terre n'est plus le plan B. C'est un terrain d'innovation.

 

Ce qui vient d'ouvrir à Yamoussoukro

La DFS est installée au sein de l'Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny (INP-HB). Elle est portée par l'Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P, Maroc) et l'INP-HB, avec le soutien d'OCP Africa. Le projet remonte à un accord signé en 2022 entre l'État ivoirien et le groupe OCP ; le chantier a été lancé en juin 2023.

 

Concrètement, voici ce que propose l'école :

  • Une formation gratuite de deux ans pour 50 jeunes de 18 à 35 ans, titulaires au minimum du baccalauréat.
  • Trois piliers : programmation informatique, sciences agronomiques et entrepreneuriat.
  • Des outils de terrain : capteurs connectés, drones, logiciels d'analyse de données.
  • Une ferme expérimentale de 170 hectares, un FabLab et un incubateur d'entreprises.
  • Un objectif affiché : faire émerger une vingtaine de jeunes entreprises innovantes.

La pédagogie porte un nom qui résume tout : « Learning by farming ». On apprend en cultivant, pas seulement en lisant.

La sélection n'a rien eu d'une formalité : épreuves en ligne, épreuves en présentiel, puis trois semaines d'évaluation des compétences à Yamoussoukro.

 

Pourquoi c'est une tendance et pas une anecdote

Une école de 50 places ne change pas un pays à elle seule. Mais elle révèle trois mouvements de fond.

 

1. L'agriculture reste le premier employeur, mais ses méthodes vieillissent

La part de l'agriculture dans l'emploi total est passée de 62 % en 2002 à 50 % en 2014, selon la Banque mondiale. 

 

Elle pèse encore autour de 40 % des emplois et environ un cinquième du PIB, d'après une synthèse de MicroSave fondée sur des données 2019-2021. Autrement dit, des millions de familles en vivent. Pourtant, selon le Centre national de recherche agronomique (CNRA), cité par Afrique IT News, la mécanisation stagne sous les 30 %.

 

Un secteur énorme, peu outillé : c'est exactement le type de marché où la technologie crée de la valeur rapidement.

 

2. La technologie rend le métier attractif

Pendant des années, le travail de la terre a été associé à la pénibilité et aux revenus incertains. Les outils numériques changent cette image. Afrique IT News cite par exemple Investiv, qui propose la pulvérisation par drone à 15 000 FCFA l'hectare, avec deux jours de travail manuel économisés. Le même média évoque Jool, qui développe des outils de prédiction agricole.

 

Quand le smartphone, le drone et la donnée entrent dans le champ, le jeune diplômé n'a plus l'impression de « retourner au village ». Il a l'impression de piloter une entreprise.

 

3. L'emploi des jeunes oblige à regarder ailleurs

L'État multiplie les dispositifs d'insertion, comme le Programme national de stages, d'apprentissage et de reconversion (PNSAR 2026), qui vise plus de 150 000 jeunes. Le marché du travail reste dominé par l'informel. 

 

Dans ce contexte, les filières qui créent leur propre emploi, comme l'agri-entrepreneuriat, deviennent stratégiques.

 

Les nouveaux métiers de la terre

L'agriculture numérique n'est pas un métier unique. C'est une famille de compétences.

 

Opérateur de drones agricoles

Cartographier une parcelle, repérer les zones malades, pulvériser avec précision. Un drone agricole coûte entre 3 et 9 millions de FCFA selon Afrique IT News : un investissement lourd pour un petit producteur, mais une opportunité de prestation de services pour celui qui sait le piloter.

 

Analyste de données agricoles

Capteurs d'humidité, relevés météo, historiques de rendement : les données s'accumulent. Il faut des profils capables de les lire et d'en tirer des décisions simples pour les producteurs : quand semer, quand irriguer, quand traiter.

 

Agri-entrepreneur

C'est le profil que vise la DFS : quelqu'un qui maîtrise à la fois l'agronomie, l'outil numérique et le modèle économique. Il ne vend pas seulement une récolte. Il vend un service, une donnée, une solution.

 

Tu n'as pas eu ta place ? Quatre façons de prendre le train

Sur près de 4 000 candidats, plus de 3 900 n'ont pas été retenus. La bonne nouvelle : la tendance ne se limite pas à une école.

 

  1. Apprends les bases du numérique appliqué. Tableur, cartographie gratuite, applications météo : ces outils sont accessibles depuis un téléphone. Commence par une parcelle familiale ou un petit projet test.
  2. Repère un problème précis. Les meilleures solutions agritech partent d'une douleur concrète : pertes après récolte, accès à l'information sur les prix, traitement des cultures. Choisis un seul problème et creuse-le.
  3. Pense service avant matériel. Tu n'as pas besoin de posséder un drone pour te lancer. Tu peux d'abord te former, puis proposer tes compétences à une coopérative ou à une entreprise qui en possède.
  4. Surveille la prochaine promotion. La DFS a lancé son premier appel en septembre 2026 via son portail dfs.ci. Prépare dès maintenant ton dossier : baccalauréat, motivation, projet concret.

 

Ce qu'il faut retenir

Quand 4 000 jeunes se battent pour apprendre à cultiver la terre avec des drones et des données, ce n'est pas un détail. C'est un signal. L'agriculture ne disparaît pas des ambitions : elle change de visage.

 

Ceux qui gagneront ne seront pas forcément ceux qui possèdent le plus de terres. Ce seront ceux qui sauront combiner trois choses : comprendre le sol, maîtriser l'outil, construire un modèle qui rapporte.

 

Et toi : est-ce que l'agriculture fait partie de tes options, ou est-ce encore le plan B ?

 

Sources

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